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Défis majeurs pour la prise en charge des mineurs

Depuis décembre 2002, le Groupe SOS a ouvert plusieurs services de prise en charge de mineurs en Guyane. Un développement qui exige – et permet – de repenser certaines dimensions de ces métiers.

Avec 80 000 jeunes de moins de 18 ans sur un total de 220 000 habitants environ, la Guyane est le département français le plus jeune. Son taux de natalité est le plus élevé de France, mais aussi d'Amérique du Sud. Sur un territoire de près de 90 000 m², une quarantaine de nationalités se côtoient : Créoles guyanais, Amérindiens, Noirs Marrons, H'mongs, mais aussi Chinois, Libanais, Brésiliens, Haïtiens... La Guyane connaît en permanence un fort mouvement migratoire.

C'est à la demande des autorités de contrôle – Aide sociale à l'Enfance (ASE) et Protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ) que les associations du Groupe SOS œuvrant dans le champ de la protection de l'enfance et de la prise en charge de mineurs délinquants, respectivement JCLT et SOS Insertion et Alternatives (SOS I&A), ont été mandatées pour créer sur place des dispositifs d'accueil de ces publics.

Trois dispositifs pour mineurs délinquants

La première à s'implanter a été SOS I&A, avec la création d'un Centre éducatif renforcé, le CER Guyane (1), en décembre 2002. Les mineurs confiés sont issus pour la plupart des banlieues des villes. En 2004, Lionel Bourderioux, alors directeur du centre, expliquait dans nos colonnes (1) : « Les jeunes délinquants sont très violents en Guyane, et cette violence est souvent disproportionnée. Ici, la tradition de la chasse est très marquée et on peut acheter une arme facilement, car le permis n'est pas obligatoire. Les gamins parviennent donc aisément à s'en procurer. » Le CER accueille 8 garçons de 13 à 17 ans, placés par décision judiciaire au titre de l'ordonnance du 2 février 1945 relative à la délinquance juvénile, originaires de Guyane, Martinique et Guadeloupe uniquement, pour des séjours dits “de rupture”, d'une durée de cinq mois.

En novembre 2005, SOS I&A ouvre Ti'kaz (petite maison en créole), un dispositif réparti en deux volets. L'Unité d'accueil d'urgence (UAU) est un foyer de six places destiné à des mineurs placés en alternative à l'incarcération, sortant de détention ou sortant d'établissements spécialisés et ayant commis des délits. Agés de 14 à 18 ans, ils sont hébergés pour un temps que le service essaie de limiter à trois mois maximum. Cet accueil d'urgence aboutit à un bilan global du jeune dans toutes ses dimensions (psychologique, administrative, médicale, éducative, scolaire...), devant permettre l'orientation la plus adaptée. L'Unité d'hébergement individualisé (UHI) de 9 places (12 places à terme) permet, quant à elle, d'accueillir des mineurs issus exclusivement du département de la Guyane et placés par un magistrat, au titre de l'ordonnance du 2 février 1945. Les jeunes sont logés dans des studios pour une durée variable en fonction de leur situation particulière. Outre une régularisation de leur situation administrative, l'objectif est de travailler en parallèle leur réinsertion scolaire et professionnelle ainsi que l'acquisition des principes de base de la vie en société.

CER, UAU et UHI : « Les trois types de services gérés par SOS Insertion & Alternatives sont représentés en Guyane, résume Danielle Berton, directrice générale de l'association. L'objectif est d'être capable de mieux gérer le parcours entier des jeunes – depuis le dispositif d'urgence de Ti'Kaz jusqu'à l'hébergement individualisé, en passant par le CER – afin de leur donner les meilleures chances de réinsertion sociale. »

Un dispositif multiple de protection de l'enfance

Depuis le 1er avril 2007, JCLT s'est également implantée en Guyane en ouvrant un dispositif de protection de l'enfance destiné à accueillir 92 enfants orientés par l'Aide sociale à l'Enfance. Trois places supplémentaires sont attendues pour l'accueil d'urgence et quatre en appartements pour des filles-mères. Ce dispositif comprend plusieurs services, dont la diversité vise à permettre de trouver une solution à chaque situation.

Le service d'accueil d'urgence, agréé pour l'accueil de 12 enfants et adolescents âgés de 18 mois à 18 ans, accueille sans délai et sans procédure des mineurs au sein de familles d'accueil ou d'un foyer collectif. Cette prise en charge vise à évaluer leur situation à travers un bilan socio-éducatif, psychologique, scolaire et médical, et à construire une orientation adaptée à la problématique de chacun.

Une Maison d'enfants à caractère social (MECS) accueille 21 enfants et adolescents, âgés de 5 à 18 ans pour les filles, et de 5 à 12 ans pour les garçons. Pour ces jeunes en situation de maltraitance ou de carence éducative, il n'existe pas d'autre alternative que le placement au sein d'un établissement collectif où le travail en réseau d'une équipe pluridisciplinaire – notamment – est jugé propice à leur développement. L'équipe éducative vise à faire prendre conscience à l'enfant de ses ressources et de ses potentialités dans le cadre d'un accompagnement le plus personnalisé possible.

Le dispositif d'appartements en autonomie accueille 12 jeunes filles âgées de 18 à 21 ans. Adossé à la MECS, il a pour objectif de faire bénéficier les jeunes d'un suivi éducatif adapté à leur situation en les logeant dans un appartement dont elles sont responsables. L'équipe éducative les accompagne dans l'apprentissage de leur autonomie administrative, scolaire, professionnelle, financière et psychologique.

Le service de placement familial, agréé pour la prise en charge de 30 filles et garçons âgés de 18 mois à 18 ans, est destiné à des enfants dont l'histoire est marquée par une carence d'image parentale et auxquels il est nécessaire de proposer un nouveau cadre familial sécurisant, afin qu'ils acquièrent de nouveaux repères et se forgent leur propre culture. Ce service travaille avec des familles d'accueil qui reçoivent à leur domicile ces enfants et adolescents, séparés momentanément de leur famille d'origine. Les relations entre les enfants, leurs parents et les familles d'accueil sont coordonnées par l'équipe éducative. Enfants et adultes bénéficient d'un soutien psychologique.

L'ensemble de ce dispositif rassemble 52 salariés à plein temps, qui forment une équipe pluridisciplinaire (éducateurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés, infirmières, assistants sociaux, maîtresses de maison, surveillants de nuit...).

Enfin, un centre de jour de 17 places est en construction. Le dispositif d'accueil de jour a été créé par JCLT à Nancy en 1997, sous l'impulsion et avec le soutien du conseil général de Meurthe-et-Moselle. Il propose une solution alternative au placement : il articule un accueil éducatif modulable pour l'enfant, dans un espace qui lui est réservé, et un accompagnement familial qui repose sur le soutien à l'exercice de la fonction parentale. Ce dispositif innovant, encouragé par la loi réformant la protection de l'enfance (2), s'insère de manière très complémentaire dans un schéma de protection de l'enfance, entre les dispositifs traditionnels de milieu ouvert et le placement.

Une nécessaire adaptation

Le point commun à tous ces dispositifs est de travailler à la réinsertion de l'enfant ou du jeune et de développer son autonomie en tenant compte de son cadre naturel. Même si SOS I&A et JCLT sont rodées à leur métier, l'environnement très particulier de la Guyane leur demande une adaptation plus ou moins profonde de leur démarche. Ce département, aux particularités nombreuses, est très jeune et marqué par une très forte immigration provenant d'Haïti, du Brésil, du Guyana... Autant de modes de vie, de valeurs éducatives et de systèmes scolaires différents. Cette pluralité fondamentale des situations impose aux équipes de repenser parfois complètement le fonctionnement des structures, le contenu et les modalités de la prise en charge. « L'interculturalité demande des outils pédagogiques spécifiques et complexifie la prise en charge, explique Gil Leclercq, directeur départemental Guyane faisant fonction à JCLT. Il s'agit d'adapter les valeurs éducatives, de donner de nouvelles valeurs aux enfants tout en imaginant déjà leur réintégration. Cela demande une réflexion approfondie sur la prise en charge, un travail d'investigation et de formation. On doit penser les structures différemment. »

Faire passer des idées

Cet effort d'adaptation est naturel aux associations du Groupe SOS, il fonde leurs convictions et leurs valeurs selon lesquelles l'humain est au cœur de l'institution et c'est cette dernière qui doit s'adapter aux besoins du public reçu et non l'inverse. Cette conception du travail social, SOS I&A a aussi tenté de l'appliquer aux nouveaux dispositifs qu'elle développe en Guyane. Elle a en effet remporté l'appel d'offres de la DSDS (Direction Sanitaire et du Développement Social) de Guyane pour la création d'un ITEP (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique), complété d'un SESSAD (Service éducatif spécialisé de soins à domicile).

L'ITEP propose une prise en charge en internat (20 places) ou en semi-internat, c'est-à-dire seulement en journée (10 places), de jeunes atteints de troubles du comportement. Le SESSAD offre pour sa part un service en milieu ouvert : les jeunes restent dans leur famille, le travail éducatif se fait à domicile ou dans leur école. Ce dernier dispositif peut être utilisé de manière préventive à l'orientation en ITEP. L'ouverture de ces deux services correspond à un besoin non satisfait de prise en charge de mineurs atteints de cette pathologie désormais clairement identifiée et définie par la loi de janvier 2005.

Auparavant, ces jeunes étaient orientés par défaut vers le CER, l'UAU ou les MECS, mais la prise en charge restait inadaptée pour eux. Les ITEP permettent un travail au long cours, sachant que les mineurs qui y sont accueillis sont parfois très jeunes, âgés de 7 à 18 ans. L'équipe de soins rassemble un psychiatre ou pédopsychiatre, un médecin généraliste, une infirmière, un psychologue, un orthophoniste et un psychomotricien, afin d'assurer une cohérence globale de l'action auprès du jeune sur les symptômes et leurs causes.

Mais SOS I&A a souhaité proposer à la Ddass de Guyane un projet un peu différent d'un ITEP classique. Son expérience dans la prise en charge des mineurs lui a révélé la nécessité de questionner le lien entre le jeune et sa famille : le maintien permanent de ce lien est-il toujours favorable au jeune ? Bien sûr, l'âge et la situation particulière de chaque jeune imposent une réponse nuancée. La famille, sans abdiquer, peut cumuler des difficultés multiples, mais elle peut aussi être prise dans les difficultés de ses enfants. « En France, si le modèle de la “sacro-sainte” famille a largement volé en éclat, il existe des velléités de le restaurer, comme pour rétablir un balancier qui serait allé trop loin, explique Philippe Caumartin, directeur général adjoint de SOS I&A. On considère trop souvent que les parents sont la référence unique et absolue pour la constitution du psychisme de l'enfant. Il est pourtant tout autant reconnu que l'éloignement maîtrisé de la famille peut être un outil essentiel de la prise en charge. Notre projet d'ITEP s'est inspiré de ces réflexions : nous souhaitions créer une structure vraiment adaptée aux difficultés particulières de ces jeunes, avec un internat leur permettant de ne pas rentrer chez eux le week-end si c'était plus bénéfique pour eux. Un retour en famille “à la carte”, maîtrisé dans le temps et organisé en fonction des besoins et difficultés de chacun. Malheureusement, nous n'avons pas pu obtenir le budget pour ouvrir l'institut 365 jours par an, mais seulement 280 jours par an, ce qui est déjà plus que la moyenne des ITEP, qui ouvrent 210 à 220 jours par an. »

La Guyane exige une adaptation des structures de prise en charge des mineurs à leur environnement et à un public spécifique de part sa diversité culturelle, sociale et individuelle. Fortes de leurs valeurs et de leur expérience, les associations de Groupe SOS tentent de faire face à ces défis tout en continuant d'innover.

Juliette Troussicot

(1) Lire l'article de présentation du CER Guyane dans Interdépendances n°54 (avril-mai-juin 2004).

(2) La loi n°2007-293 du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance, prévoit en son titre 3 “Dispositifs d'intervention dans un but de protection de l'enfance”, à l'article 22, la possibilité, sur décision du Président du Conseil Général, d'accueillir « tout mineur, pendant toute ou partie de la journée, dans un lieu situé, si possible, à proximité de son domicile, afin de lui apporter un soutien éducatif, ainsi qu'un accompagnement à sa famille dans l'exercice de sa fonction parentale. ». Ainsi la pertinence du dispositif d'accueil de jour créé par l'association JCLT est-il reconnu.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°66 - Juillet 2007.

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