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L'imagination à l'oeuvre

Le développement durable est souvent perçu comme « conceptuel » et peu attrayant. Si elle est nécessaire, la sensibilisation du plus grand nombre n'est pas toujours aisée.

Entreprises, experts, collectivités territoriales et enseignants sont confrontés à ce problème de communication. Comment ne pas tomber dans le catastrophisme, donner des conseils sans être dogmatique, ou comment susciter l'envie d'agir ?

Le fait est que l'on est plus facilement convaincu lorsqu'on se trouve dans des situations « incongrues ». Elles marquent l'esprit et ancrent durablement les messages dans les mémoires. Alors qu'une conférence « classique » laisse parfois l'auditeur de marbre, d'autres moyens de sensibilisation savent associer le plaisir aux contenus.

Est-il possible de rencontrer des cadres d'entreprises dans les arbres ? Cela vous semble absurde ? Des randonnées arboricoles où l'on aborde des sujets aussi sérieux que la préservation de la biodiversité sont pourtant organisées régulièrement à proximité de la capitale.

Cette activité ludique et sensorielle est organisée par Solvere (1), autour d'une pédagogie dite expérientielle (basée sur l'expérience vécue). « En situation grandeur nature, les salariés assimilent beaucoup mieux les concepts et passent aisément de “l'homo economicus” à “l'homo durabilis” », déclare Philippe Macquet de Solvere.

D'autres solutions originales ont été imaginées pour rendre la sensibilisation au développement durable plus attractive. Le théâtre, notamment, devient un vecteur de sensibilisation au développement durable de plus en plus utilisé. Avec des comédiens professionnels, une association (2) crée des modules de sensibilisation sur mesure pour les entreprises et les collectivités. Avec les DRH ou les responsables de la communication, elle recherche les bons sujets à traiter, le ton adéquat, les messages clefs, etc.

Dans un format plus classique, “Partie prenante” (3) est une pièce complète et pédagogique sur le développement durable et la responsabilité sociale. Pour explorer toutes les questions que posent la responsabilité sociale et le développement durable, la pièce met en scène l'évolution de quatre personnages porteurs de visions très contrastées des aspects écologiques, sociaux et économiques du développement durable.

Dans tous les cas, pris dans le jeu des acteurs, attentifs au spectacle et plus ouverts aux messages portés, les spectateurs sont dans des conditions de réception optimale.

Pour le grand public, des clowns se mobilisent ! La compagnie Corrossol (4), qui propose une animation de rue sous la forme d'une course de véhicules alternatifs fabriqués à partir de matériaux de récupération. Le spectacle permet aux habitants de se réapproprier l'espace urbain, de s'interroger sur la mobilité douce, sur le recyclage, tout en passant un moment convivial et ludique.

La compagnie Umbral, qui joue en ce moment “Petit job pour vieux clown”, mettra bientôt ses clowns « au vert ». Traquant les comportements irresponsables avec humour, leurs improvisations et farces serviront de supports à des messages concrets de sensibilisation lors de divers événements.

Art et développement durable : on a tout essayé !

Certaines entreprises ont confié à leurs employés la réalisation d'une fresque traitant du développement durable. D'autres encore collectent leurs déchets et les confient à des artistes, qui les transforment en œuvres.

Des œuvres personnalisées, proches de la culture de l'entreprise, qui affirment que « les déchets sont aussi des ressources ». Les partenariats originaux se multiplient, Novethic et MPG-Art ont organisé, le 8 juin à l'Unesco, un forum réunissant entreprises, artistes et ONG pour débattre de leur rôle respectif sur le développement durable.

Même si le passage du mécénat au partenariat n'est pas facile, le sujet semble fédérer des acteurs aux préoccupations pourtant bien éloignées !

Toujours plus fort et haut de gamme ! Le développement durable s'acoquine à l'art lyrique. “3000 - un opéra pour la planète” constitue un support de communication original. « Il est destiné à nous faire prendre conscience et à réagir face aux dangers que court notre planète », explique son créateur Gérard Hieronimus, musicien, compositeur et metteur en scène.

Nous sommes en l'an 3000. Un homme évoque avec ses enfants la vie que menèrent les hommes du XXIe siècle, soit 1000 ans plus tôt... les catastrophes qui mirent à mal la planète et ses habitants suite à son exploitation déraisonnée par les hommes.

Cette création à vocation de sensibilisation permet aussi de faire découvrir un art jugé souvent inaccessible au plus grand nombre. Des jeux, qu'ils soient de rôle ou de plateau, des cours de cuisine (bio ou équitables), existent également sur le marché grandissant de la sensibilisation à des modes de développement plus respectueux des hommes et de l'environnement. Les acteurs publics ou privés, qui engagent aujourd'hui des démarches de développement durable, ont désormais de multiples supports de sensibilisation à leur disposition.

Julie Dumont

(1) Solvere, Formation, conseil et pédagogie expérientielle. Contact Philippe Maquet : 06 83 73 14 59

(2) Auxilia. Contact Evénements, Julie : 01 48 51 11 20

(3) ASG Stratégie et gouvernance : 01 40 28 99 28

(4) Eliane Le Van Kiem : 06 03 45 51 30

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Par où commencer la sensibilisation ?

3 conseils utiles

Le développement durable englobe de nombreuses thématiques, concerne une multitude d'acteurs et constitue une réponse globale à des enjeux de société. Dans ce contexte, difficile d'être exhaustif !

l est donc souhaitable, lorsque l'on communique sur ce sujet, de choisir une approche connue du public en présence. Dans le cadre d'une entreprise, il est pertinent de partir d'un sujet directement lié à la structure (produit, projet...), une base commune pour engager la sensibilisation. Ce parti pris permet ainsi à chacun de s'impliquer dans la discussion et de ne pas se sentir « mis à l'écart » par manque de connaissances. Régulièrement, les participants n'osent pas s'exprimer car ils ont peur de dire une « bêtise ».

De la même manière, on constate que des réunions publiques traitant un sujet bien connu de la population, rassembleront plus facilement : caractéristique du territoire connue de tous, éco-gestes de la maison, projet en cours sur le territoire... Ces approches particulières garantissent l'implication du public dès les premiers instants, ce qui est primordial dans une session de sensibilisation. Les cinq premières minutes sont cruciales pour la suite...

Première leçon : ne pas donner de leçons !

La sensibilisation au développement durable passe avant tout par le dialogue et l'échange d'idées. Laisser à chacun le soin d'identifier ses marges de manœuvre pour agir est important. Les guides des éco-gestes, les sites de bonnes pratiques se multiplient ; ils sont des outils nécessaires pour l'action, mais s'avèrent relativement inefficaces en terme de mobilisation.

Car l'important n'est pas tant de donner les solutions pour agir, que de susciter l'envie d'agir. Les changements de comportements émanent des gens eux-mêmes, car il est plus valorisant d'inventer ses propres actions que d'appliquer des recettes toutes faites.

Illustrer, concrétiser

L'illustration efface l'idée reçue que le développement durable est juste un concept ! C'est grâce à des exemples concrets et marquants que se facilite le débat.

On a pu constater, par exemple, l'impact incroyable des photographies de Yann Arthus Bertrand auprès du grand public et le succès actuel de son émission “Vu du ciel”. L'aspect esthétique des œuvres a largement favorisé la sensibilisation.

Eviter l'austérité

Les « convaincus » ont conscience qu'un développement plus durable est nécessaire pour des raisons « sérieuses » : disparition des ressources naturelles, dégradation des écosystèmes, conflits armés, pauvreté, inégalités...

Ces sujets sont graves, l'urgence est bien là. Néanmoins, la sensibilisation ne peut pas se faire uniquement sur ces constats alarmistes.

Les messages passent beaucoup mieux lorsqu'ils sont portés de manière ludique et attractive. Il n'y a pas de paradoxe à parler de sujets importants sur des modes légers.

Julie Dumont

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[Légende photo clown]

Le clown de la compagnie Umbral. Il interviendra bientôt avec Auxilia pour sensibiliser le plus grand nombre.

[Légende photo opéra]

“3000 - un opéra pour la planète” est une création de l'Opéra d'Chaqu'Jour. « Nous sommes en l'an 3000 : flashback d'environ 1 000 ans et retour sur les catastrophes qui ont mis à mal la planète et ses habitants. A nous de faire en sorte que la fiction ne devienne pas réalité », présente Gérard Hieronimus, musicien, compositeur et metteur en scène.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°67 - quatrième trimestre 2007.

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