2010, la bonne année pour découvrir Interdépendances
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Pierre Rabhi, rédacteur en chef invité du prochain numéro d'Interdépendances
Agriculteur spécialiste de l’agroécologie, penseur et auteur, Pierre Rabhi est le rédacteur en chef invité de ce n° 77...
Une centaine de personnes était réunie mardi 26 janvier dans une grande salle pimpante de la Mairie du 14ème arrondissement de...
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L'édition se met au vert
L'industrie du papier est l'une des cinq industries les plus consommatrices d'énergie au monde, mais les éditeurs semblent prendre conscience de leurs responsabilités sociales et environnementales. Qui a dit qu'édition et développement durable étaient incompatibles ?
Lorsqu'en 2005 sort le sixième tome de la série culte de J.K. Rowling, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé, c'est un événement.
Et pas seulement parce que deux millions d'exemplaires sont publiés par Gallimard. Certes, c'est un beau succès, mais avec le sorcier à la cicatrice, on commence à avoir l'habitude...
C'est plutôt du côté de l'environnement qu'il faut regarder. Le livre est publié sur du papier certifié FSC, label garantissant une gestion durable des forêts.
Et c'est une première pour un best-seller à fort tirage. Aujourd'hui, c'est la BD qui s'y met : les éditions Dargaud et Marsu Production s'engagent, en imprimant le tome 20 du Marsupilami sur papier FSC et le dernier album de Boule et Bill sur du papier 100 % recyclé. « Imprimer 46 pages d'images en recyclé et avoir un rendu de qualité, c'est possible », témoigne-t-on chez Dargaud, balayant ainsi les critiques (ou les excuses ?) à propos du mauvais rendu de ces types de papiers.
Selon Greenpeace, l'industrie papetière consomme un cinquième des arbres abattus dans le monde. Au niveau mondial, environ 17 % du bois utilisé viendrait des forêts anciennes, des forêts qui existent depuis plus de 10 000 ans à l'état naturel. Au niveau national, ce chiffre est de 20 %.
Même s'il faut relativiser le poids de l'édition – la part du papier utilisé par les éditeurs de livres ne représente que 5 % de la consommation totale en France – cette consommation laisse des traces. Sans compter les pollutions indirectes liées à l'utilisation d'encre, de colle et de solvant. Le recours au papier certifié FSC ou au papier recyclé apparaît comme un moyen efficace pour réduire l'empreinte écologique.
Le label FSC, “Forest Stewardship Council” ou “Conseil de bonne gestion forestière”, garantit que le papier utilisé est issu de forêts gérées durablement. « La gestion responsable doit remplir trois conditions : tenir compte de l'environnement, respecter des aspects sociaux, et être économiquement viable », précise l'association WWF.
La découpe du bois doit se faire de manière à maintenir la biodiversité et le processus de croissance de la végétation. Mais cela ne suffit pas.
Pour être labellisées, la forêt doit également être exploitée dans le respect du droit des populations locales, ainsi que des travailleurs forestiers.
D'un point de vue économique, les exploitants labellisés doivent par exemple proposer un plan d'aménagement présentant des objectifs de gestion à moyen et long terme. Et bien sûr le respecter. De fait, pas de visées “court-termistes” qui laisseraient la forêt exsangue.
Tout propriétaire de concession forestière peut se faire certifier FSC. Pour cela, un organisme accrédité effectue un audit, à la fin duquel les critères du FSC doivent être respectés.
Trois ans sont en général nécessaires pour l'obtention du label.
La plupart des associations environnementales le considèrent comme sérieux et fiable, même si son image a pu être écornée par le passé : en 2005, une concession Camerounaise s'était vue attribuer le label alors que certains critères n'étaient pas respectés, provoquant un vif émoi parmi les ONG.
Aujourd'hui, plus de 50 millions d'hectares sont certifiés, pour la majeure partie en Suède, en Pologne et aux Etats-Unis.
Autre solution : le recyclage du papier. Ecologique, il est également moins cher que la cellulose (utilisée dans la fabrication de la pâte à papier) et présente un avantage certain pour ceux qui le collectent : « Les coûts de collecte et de traitement sont moins élevés que les coûts totaux d'incinération », assure-t-on chez Greenpeace.
Les papiers sont disponibles sur le marché et aujourd'hui, tout imprimeur est en mesure de passer au recyclé : plus d'excuses, donc. C'est en tout cas ce qu'indique Loïc Hamon, cofondateur des éditions Elka.
Une maison qui a fait le choix de l'exemplarité. Le secteur de l'édition est atypique, en ce sens que toute œuvre écrite est une tribune potentielle pour faire passer un certain nombre d'idées. Le livre est un agent de diffusion du savoir et de la culture. Il peut donc être à la fois engagé dans le texte (la BD Persepolis de Marjane Satrapi en est un bon exemple), et engagé dans sa façon d'être conçu.
Elka a choisi de faire les deux, cohérence oblige.
Cette maison d'édition propose des ouvrages pour sensibiliser les enfants au commerce équitable ou au développement durable, le tout imprimé sur du papier 100 % recyclé. Mieux, les livres sont imprimés en France, afin de diminuer l'impact du transport et de maintenir l'emploi local.
S'il est évident que tous les ouvrages n'ont pas pour but d'être engagés, en revanche imprimer propre, cela concerne tout le monde. Finalement, on pourrait imaginer que c'est la notion même d'impression qu'il faudrait revoir : en effet, une fois imprimé, un livre doit être acheminé vers un centre de distribution. De là, il est envoyé vers les points de vente (librairies, kiosques, GMS...).
Soit autant de transport et d'émission de gaz à effet de serre. Sans compter les coûts engendrés par la surproduction, les retours d'invendus...
A l'heure de la révolution numérique, le zéro papier a cependant ses limites : dans les transports, un livre reste moins encombrant qu'un ordinateur portable.
La société américaine On demand books (1) tient peut être la solution : en sept minutes, son Expresso Book Machine peut produire un livre de poche de 300 pages à partir d'un simple fichier, avec ce que cela suppose de réduction de l'empreinte écologique. Mais aussi avec ce que cela comporte comme menace en terme d'activité pour les libraires, les imprimeurs et autres diffuseurs.
Elle n'en reste pas moins une piste intéressante à explorer, à peser en fonction des enjeux : le développement durable, c'est le point d'équilibre entre les intérêts environnementaux, sociaux et économiques.
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Le label FSC - Il garantit que le bois utilisé provient de forêts gérées de manière durable. Il est créé en Californie en 1990 par des industriels de la filière forestière et des représentants des droits de l'homme.
Le label APUR - Initiative de l'Association des producteurs et utilisateurs de papier et carton recyclés en France, il est né en 1992 et indique le pourcentage de pâte recyclée utilisée dans le papier.
Le label allemand « Ange Bleu » (Blaue Engel) - garantit l'utilisation de fibres 100 % recyclées. C'est le plus ancien label lié à l'environnement (depuis 1977).
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Les papiers sont disponibles sur le marché et aujourd'hui, tout imprimeur est en mesure de passer au recyclé.
----- [légende visuel Boule et Bill]
Boule et Bill plantent un arbre sur la couverture de leur dernier album, imprimé sur papier 100 % recyclé.
Cet article est paru dans Interdépendances n°67 - quatrième trimestre 2007 2007.
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