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Sport dans la ville

De l'utilité des bons souvenirs

Une volonté d'engagement social, une culture de la rigueur et de l'efficacité, quelques lignes de littérature sont les ingrédients de la réussite de l'association lyonnaise Sport dans la Ville auprès des jeunes en difficulté.

« Sachez qu'il n'y a rien de plus noble, de plus fort, de plus sain et de plus utile dans la vie qu'un bon souvenir, surtout quand il provient du jeune âge. On parle beaucoup de votre éducation ; or un souvenir sain, conservé depuis l'enfance, est peut-être la meilleure des éducations : si l'on fait provision de tels souvenirs pour la vie, on est sauvé définitivement. »

Au vu de l'esprit qui anime Philippe Oddou, directeur général de l'association Sport dans la Ville, il semble que la littérature soit définitivement une chose utile...

Cette citation tirée des Frères Karamazov de Dostoïevski figure en effet sur la première page du rapport d'activité de l'association. Créée en 1998, cette dernière œuvre pourtant dans le champ de problématiques bien contemporaines, puisqu'elle a pour but « de favoriser l'insertion sociale et professionnelle de jeunes en difficulté, par la mise en place de centres sportifs implantés au cœur de quartiers sensibles ».

De Yannick Noah...

« Nous avons eu de la chance dans la vie, donc nous devons aider ceux qui en ont moins. » Tel est le raisonnement qui a poussé Philippe Oddou et Nicolas Eschermann à s'investir dans un projet à vocation sociale, autour des jeunes en difficulté.

A l'époque, ils terminent leurs études en école de commerce et entament leur carrière professionnelle dans de grandes entreprises comme L'Oréal ou Paribas. En 1996-1997, ils sont donc bénévoles à Fête le mur, l'association de Yannick Noah qui permet à des jeunes des quartiers de s'initier au tennis.

Cette expérience leur donne envie de bâtir leur propre projet. L'observation du terrain associatif et du monde de l'entreprise les amène à imaginer un projet à la fois fédérateur et ancré dans les réalités sociales actuelles. D'une part, il s'articulera autour de sports collectifs – le foot et le basket-ball – qui permettent de rassembler plus de jeunes que les sports individuels. D'autre part, il devra aboutir à l'élaboration – voire la concrétisation – d'un projet professionnel pour chaque jeune, grâce à un accompagnement sur la durée.

Avant de se lancer, Philippe Oddou n'hésite pas à retourner à l'école, l'EM Lyon (Ecole de management), où il existe un programme de formation à la création d'entreprise. « Nous voulions créer une structure associative efficace et rigoureuse, qui fonctionne comme une entreprise et qui produise des résultats », explique-t-il. Soutenue par leur réseau, mais aussi par des entreprises démarchées, l'association Sport dans la Ville ouvre ses trois premiers centres de basket-ball, appelés “Défense de Zone”, en 1999. L'année suivante, le premier centre de football, “But en Or”, est créé, ainsi que deux nouveaux centres de basket-ball. Nicolas Eschermann devient le président de l'association et Philippe Oddou son directeur général.

... à Dostoïevski

Aujourd'hui, 1 500 enfants âgés de 7 à 20 ans fréquentent les 12 centres de l'association, répartis sur la région lyonnaise. Les financements sont à la fois publics (Ville de Lyon, région Rhône-Alpes, ministère de la Jeunesse et des Sports...), privés (mécénats et dons) et issus des opérations événementielles de l'association.

Le projet fonctionne sur un double enjeu. Tout d'abord il s'agit de créer une dynamique pour faire venir les jeunes, en construisant des infrastructures sportives de qualité au sein des quartiers, en lien avec les communes. Des parrainages prestigieux tels que celui de l'Olympique Lyonnais facilitent la publicité.

Une fois inscrits, les jeunes, répartis par classe d'âge, suivent un entraînement deux fois par semaine, animé par des éducateurs sportifs professionnels. Ces derniers sont dépositaires du programme pédagogique et des valeurs de l'association : ils doivent apporter une compétence sportive aux jeunes tout en remplissant une mission éducative au cœur des quartiers. L'assiduité, la ponctualité, le respect, la solidarité, entre autres, sont enseignés et valorisés.

Ces “coaches” – 50 salariés en tiers-temps – travaillent également en lien avec les familles qu'ils visitent au moins une fois par an pour favoriser une connaissance mutuelle et avoir une approche pédagogique la plus fine possible de l'enfant.

Le second enjeu de Sport dans la Ville est de faire sortir les jeunes de leur quartier et de les aider à créer une dynamique d'avenir. « L'enfermement, le repli sur soi sont des handicaps dans la société d'aujourd'hui », affirme Philippe Oddou. Aussi, l'association a développé des programmes pour favoriser la découverte et les expériences fortes. « Nous croyons à la force intérieure, aux souvenirs heureux qui donnent de l'énergie, qui permettent de se construire et de trouver le chemin de la réussite », revendique le directeur général. Où l'on retrouve Dostoïevski...

Ainsi, aux côtés des activités sportives bihebdomadaires, Sport dans la Ville propose aux jeunes inscrits des activités complémentaires : des sorties, en particulier des matchs dans les stades deux à trois fois par an – « le rêve pour un enfant ! » –, des camps d'été et d'hiver pour découvrir la nature via le sport (VTT, canoë-kayak, escalade, ski...). « Ce sont des séjours longs dans des endroits choisis pour leur beauté et leur calme, précise Philippe Oddou. L'idée est de faire perdre aux jeunes leurs repères, de développer leur réflexion... ». L'accès à ces programmes étant limité en nombre, l'équipe éducative en a fait des temps de récompense, de valorisation, pour souligner la qualité du comportement des jeunes dans l'association, mais aussi au sein de leur famille et de leur quartier. « Notre fonctionnement est méritocratique, mais cela a un vrai impact sur les enfants, ils sont stimulés par les expériences des autres et ont ensuite envie de se prendre en main », explique le directeur général.

Cerise sur le gâteau pour les plus méritants, un programme d'échange international, “Atlantikéa”, qui permet chaque année à 16 jeunes d'être accueillis pendant deux semaines à Rio de Janeiro ou à New York par deux associations partenaires.

Les pieds sur terre

Mais si le rêve est un moteur, l'inscription dans la réalité impose le respect de règles bien concrètes.

La formalisation d'un projet professionnel et l'insertion dans l'emploi restent le but ultime de Sport dans la Ville. « Les jeunes de 15-16 ans ont besoin d'avoir un projet pour entamer une démarche de formation et d'emploi. Notre programme “Immersion” leur permet de bénéficier d'un suivi individuel dans leur orientation et leur formation professionnelles, en lien avec leur famille et leur environnement scolaire. Il leur offre aussi l'opportunité de découvrir le monde de l'entreprise qu'ils connaissent souvent mal. ».

Visites d'entreprises, ateliers d'information et de formation, suivi individuel pour la structuration d'un projet professionnel, programme d'accompagnement à la création d'entreprise : « Notre objectif est de sortir des formations aux débouchés limités et d'orienter les jeunes vers des métiers qui recrutent, insiste Philippe Oddou. Les entreprises qui nous accueillent recrutent fortement et elles s'engagent à accueillir des jeunes pour des stages ou des temps d'apprentissage ». Lancé en 2006, “Immersion” a concerné 60 jeunes pour sa première session. A la sortie, un an plus tard, 35 d'entre eux ont intégré un organisme de formation, 10 une entreprise partenaire et une douzaine n'ont pas fait aboutir leur projet et sont repris dans l'association pour réussir en 2007.

Afin de pouvoir accompagner et suivre les jeunes de l'association, Sport dans la ville vient de faire construire à Lyon un centre de formation et d'insertion professionnelle par le sport composé de deux terrains de football, de deux terrains de basket-ball mais surtout de plus de 700 m2 de bureaux et salles de réunions.

Sur un territoire complexe aux problématiques sociales et familiales difficiles, Sport dans la Ville est sans conteste une belle réussite. Pour Philippe Oddou, elle prouve que certains préjugés et blocages de notre société peuvent être dépassés : « Les entreprises qui nous soutiennent sont de plus en plus nombreuses », conclut-il.

Juliette Troussicot

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Ces enfants jouant au basket font partie des 1 500 jeunes « coachés » par l'association Sport dans la ville, au sein de ses 12 centres en région lyonnaise.

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Cet article est paru dans Interdépendances n°67 - Octobre 2007.

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