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Patrick Viveret rédacteur en chef invité !

Le philosophe Patrick Viveret est le rédacteur en chef invité du prochain numéro d'Interdépendances (sortie début...

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Associations et pouvoirs publics

Méthodes et pratiques du lobbying au sein du troisième secteur

Le tiers secteur agit au quotidien sur le terrain pour créer du changement social. Dans cette même logique, certaines associations emploient des méthodes de communication bien rôdées, exerçant une influence plus ou moins directe sur le débat et le processus de décision publics.

Le lobbying associatif répond à une volonté de la part du tiers secteur de ne pas subir les décisions et les réalités politiques qui le concernent.

Si les mentalités et les pratiques évoluent dans ce domaine, il reste beaucoup à faire pour assurer l'efficience de l'apport des associations.

Sans faire le tour de l'ensemble des techniques et stratégies mises en œuvre par le tiers secteur en France, il est possible de dresser un panorama des pratiques et d'identifier les défis à relever.

Un cadre pertinent

Un premier constat : qu'elle soit collective ou individuelle, la représentation du tiers secteur auprès des pouvoirs publics n'est pas nouvelle en soi. Depuis le lendemain de la Seconde guerre mondiale, par exemple, l'UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) incarne une forme de représentation du secteur non lucratif de l'action sanitaire et sociale.

Au sein de l'ensemble associatif, certains secteurs formulent ainsi des contributions spécifiques : Coordination Sud prône, par exemple, une réforme en profondeur de la politique française de coopération au développement.

Du point de vue de la défense des intérêts du tiers secteur, la formation de groupes d'intérêts ou de coalitions possède deux avantages majeurs. Elle permet d'une part de mutualiser les coûts d'une forme de communication onéreuse, d'économiser sur une activité qui est loin de constituer l'objectif prioritaire des associations.

D'autre part, elle favorise la cohérence de la représentation du secteur et la capacité à peser sur les dossiers politiques. L'union fait la force... et favorise la crédibilité d'une position.

Si cette concentration de la représentation implique un travail de consultation susceptible d'entraver parfois la réactivité, si elle pose la question de la représentativité même des associations et du public concernés, la constitution de groupes d'intérêt reste cependant aujourd'hui un cadre pertinent pour les relations avec les détenteurs du pouvoir.

Cela n'interdit pas, tant s'en faut, l'expression de revendications individuelles. Mais dans une logique de pragmatisme, la prise en compte du jeu d'alliance, et plus spécifiquement l'option de la voie collective, apparaît essentielle.

Des méthodes classiques

Quoi qu'il en soit, un deuxième constat sur le lobbying associatif en France aujourd'hui semble incontournable.

Si le secteur se professionnalise lentement, la mise en forme de la défense de l'intérêt des associations françaises se fonde avant tout sur des méthodes « classiques », loin des techniques décrites dans les ouvrages de consultants d'inspiration anglo-saxonne telles que le mapping (usage de la cartographie) ou encore le monitoring (veille législative). Le lobbying direct consiste concrètement dans les présentations, les briefings, les conversations téléphoniques, etc.

Les interlocuteurs du tiers secteur sont tout naturellement choisis selon leur carnet d'adresse et leur aptitude à servir l'objectif fixé. Si ces techniques « classiques » ne sont pas inefficaces en soit, les associations françaises pourraient adopter et adapter des outils leur permettant d'inscrire leur influence dans le long terme.

Médias et expertise

L'action de plaidoyer, diamétralement opposée au lobbying direct, consiste à mener des campagnes médiatiques ou par le biais du grand public (campagnes de lettres, pétitions, manifestations, etc.).

Sans être la panacée, l'utilisation des médias constitue pour les associations un moyen fondamental pour sensibiliser les citoyens et influencer la décision publique. Dans un contexte de rapport de force dissymétrique, l'arme médiatique fait figure d'option efficace, dans la mesure où l'homme politique doit démontrer son aptitude au dialogue avec la société civile.

Les exemples d'associations ou de mouvements sociaux mettant en scène une situation sociale injuste ou une problématique internationale abondent.

Certains d'entre eux sont ainsi passés maîtres dans l'art de mener des coups d'éclats pour attirer l'attention des médias et des décideurs sur une question spécifique.

Ainsi, Jeudi noir, collectif de « jeunes galériens du logement », a su employer Internet en faveur d'une forme de mobilisation particulièrement médiatique : la visite festive et collective d'appartements au loyer élevé.

Le terrain d'abord

Le facteur médiatique ne saurait toutefois obérer le contenu du message et le travail accomplis par les associations en amont.

Sans cela, de nombreux sujets n'auraient jamais acquis le statut de fait social majeur.

Le succès actuel de la microfinance repose largement sur l'action, durant les années 70 et 80, d'organisations locales et internationales qui ont voulu remédier à l'exclusion bancaire des pauvres.

Les résultats des associations sur le terrain constituent en eux-mêmes des éléments de changement social.

Celui-ci n'est pas nécessairement ou uniquement le fruit d'un changement de législation.

L'expertise et l'expérience du tiers secteur peuvent servir de fondement à la professionnalisation de leur représentation institutionnelle.

Sauf à limiter le rôle des associations à celui d'interpellation ou de blocage, ces deux éléments constituent tout du moins le cœur d'un discours susceptible d'être efficient dans le processus de décision public.

Sans évacuer toute éthique ou toutes valeurs qui fondent l'engagement du tiers secteur, il s'agit de développer un lobbying associatif réaliste, facteur de changement social.

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Entretiens

Patrick Beaudoin, Député du Val-de-Marne et maire de Saint-Mandé

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots l'initiative que vous menez avec Madame Grosskost, députée du Haut-Rhin, en faveur de la réglementation du lobbying à l'Assemblée nationale ?

Patrick Beaudoin :Arlette Grosskost et moi-même avons déposé une proposition de résolution pour modifier le règlement de l'Assemblée nationale, afin d'encadrer le lobbying.

Ce lobbying est nécessaire à l'exercice de la fonction du parlementaire, mais il faut lui donner un cadre : l'information que nous apportent les lobbyistes doit être fiable, transparente et crédible.

Pour donner ce cadre au lobbying, nous avons donc créé un atelier de travail : “Démocratie et lobbying”.

Après notre première proposition de résolution, nous nous sommes aperçus qu'il fallait aller plus loin.

Nous avons ainsi réalisé un certain nombre d'auditions et envoyé un questionnaire à l'ensemble de nos collègues pour obtenir un retour sur leur expérience. A la veille de la nouvelle législature, notre souci est de créer un groupe d'étude officiel à l'Assemblée nationale.

Cette initiative peut-elle favoriser l'expression des positions des associations au Palais Bourbon ?

P.B. : Tout à fait. Nous avons écouté les lobbyistes et ceux qui veulent faire valoir leurs positions. La première chose que nous souhaitons faire est de créer un registre de personnalités accréditées à l'Assemblée nationale et au Sénat. Les lobbyistes auraient le droit de venir évoquer telle ou telle question, mais sous certaines conditions : adhérer à une charte de qualité ou un code de déontologie ; déposer l'information fournie aux parlementaires dans une banque de données qui soit accessible par tous.

Nous voulons aller plus loin : requalifier l'organisation des colloques à l'Assemblée nationale, réhabiliter le droit de pétition...

Et pourquoi ne pas créer une sorte d'autorité de régulation du lobbying comme il en existe au Québec ?

Ces mesures doivent permettre à chacun de venir rencontrer ses interlocuteurs et déposer son information à l'Assemblée nationale.

Au-delà de cette réglementation, que peuvent faire les associations et les ONG pour améliorer leur communication institutionnelle ?

P.B. : La plupart des associations et ONG possèdent des services de communication de bonne qualité, et l'information qu'elles apportent aux parlementaires est nécessaire.

D'un point de vue personnel, je pense que pour être plus percutantes, les associations doivent s'efforcer d'apporter une information fiable et crédible. Il s'agit pour elles de partager leur expérience de façon dépassionnée. Trop souvent, leur savoir-faire n'est pas valorisé.

Nous sommes dans une société de surconsommation d'information : celle-ci doit nous arriver sereinement.

Vincent David, fondateur de Relations d'utilité publique, conseil en relations publiques et lobbying pour des associations

Comment décririez-vous le secteur du plaidoyer et du lobbying des associations en France aujourd'hui en quelques mots ?

Vincent David : Il est difficile de répondre à cette question, car il y a une grande diversité selon les secteurs associatifs (sport, solidarité internationale, santé et social, environnement...) et le niveau de structuration associative (association locale, fédération régionale, organisation nationale, ONG internationale ayant des bureaux à Paris).

En tout état de cause, il y a peu d'associations et d'ONG françaises qui ont des postes de responsables « lobbying » ou « plaidoyer ».

Quand c'est le cas, il s'agit souvent d'ONG internationales d'origine anglo-saxonne, pour lesquelles le lobbying est une pratique habituelle et indispensable.

Dans la plupart des associations, c'est souvent le directeur ou les membres du bureau de l'association qui font du lobbying, sans forcément le revendiquer et sans utiliser l'ensemble des techniques existantes.

Cela dit, le terme lobbying fait de moins en moins peur aux associations françaises et de grandes ONG commencent à créer ce type de poste.

Existe-t-il de « bonnes » pratiques européennes ou américaines à adopter ?

V.D. : Les associations françaises devraient certainement s'inspirer du professionnalisme des lobbyistes associatifs bruxellois (expertise juridique et parfaite connaissance des étapes et des modes de décisions institutionnels et juridiques), et de l'imagination des associations américaines (campagnes citoyennes spectaculaires et très médiatisées), plutôt que de compter uniquement sur leur carnet d'adresses (d'ailleurs souvent peu développé) dans les ministères et les réseaux d'influences et de pouvoirs français.

Qu'en est-il des méthodes du secteur marchand, peut-on les adapter ?

V.D. : Les associations françaises devraient d'une part, recruter des professionnels ayant déjà eu une expérience de lobbyiste ou au moins ayant suivi des cursus universitaires qui y préparent (droit public, sciences politiques, communication institutionnelle) ; et d'autre part, anticiper davantage la décision politique, en entretenant des relations régulières avec les élus et les administrations et en ayant recours à la veille stratégique.

Propos recueillis par David Blough

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A lire

Associations et action publique

Aujourd'hui, près de 1,1 million d'associations ont su conquérir une place importante dans la sphère publique et s'imposer comme des interlocuteurs à part entière de l'Administration.

Les cinq articles de ce numéro reviennent sur la diversité du monde associatif français, la reconnaissance de sa légitimité ainsi que sur les contrôles financiers et comptables auxquels les associations sont de plus en plus soumises.

Au sommaire :

> La place des associations dans la vie publique française

> Les associations d'action sociale

> Administrations et associations

> Les associations reconnues d'utilité publique

> Le contrôle financier et comptable de l'activité associative

Associations et action publique Collection Regards sur l'actualité n° 333 La Documentation française 108 pages, 7,80€

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Cet article est paru dans Interdépendances n°67 - Octobre 2007.

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