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Autodidactes pour la plupart, ils sont parvenus après plusieurs années de travail et d´effort à une approche contemporaine de leur art. Beaucoup d´entre eux ont été formés à la fondation Olorun à Ouagadougou [1].
« Notre association est participative. Nous voulons qu´ici tout le monde ait droit à la parole et accès à l´information », signale Hassane Dao, 32 ans et doyen du groupe. Designer, il a fondé le centre Lukaré (qui signifie "grenier" en langue Peul) en 2005 avec son jeune frère Inoussa, designer lui aussi [lire l´encadré page 46], et deux de leurs camarades, Valentin Zoungrana et Xavier Sayago, peintre et sculpteur.
A l´entrée du local, une exposition permanente permet de faire la promotion des oeuvres, et présente également les travaux d´autres artistes. « L´esprit du centre Lukaré est d´être ouvert à tous. L´art est vaste et chacun doit avoir sa place », énonce Hassane.
Par petits groupes de quatre ou cinq autour des huit designers, les jeunes artisans - dont 16 apprentis - réalisent des créations ou de petites séries de mobilier, qu´ils exposent et vendent sur place, dans l´espace consacré à la commercialisation.
« Pendant longtemps, notre travail était apprécié par les gens d´ici, mais ils préféraient acheter des chaises dorées et brillantes », s´amuse Inoussa. Aujourd´hui, le design du centre ouagalais connaît un succès grandissant dans le pays, et s´exporte même au Sénégal, au Niger et en Europe. En France, La Compagnie du Commerce Equitable et les boutiques Alter Mundi pour la filière équitable, Terres d´Ebène à Apt ou encore la galerie Faso Design à Lyon, comptent parmi leurs clients.
Mais cette reconnaissance est relative, et le contexte du centre est surtout marqué par l´absence ou l´insuffisance de moyens organisationnels, matériels et financiers. « Les caisses sont souvent vides », déplore Inoussa.
Le voeu des quatre administrateurs est désormais de s´engager plus réellement dans une démarche de professionnalisation de l´encadrement, de la production, de la promotion et de l´écoulement des productions artistiques.
« Pendant longtemps, nous avons essayé de fonctionner par nous-même, nous voulions montrer de quoi nous étions capables... Parce qu´on est des bosseurs, déclare fièrement Hassane. Mais ce furent des années douloureuses, alors aujourd´hui, nous acceptons l´aide qu´on nous propose. Notre travail a beaucoup évolué, nous voulons mieux partager notre savoir-faire, agrandir le centre et y accueillir plus de personnes dans les meilleures conditions possibles ».
Le centre a bénéficié, l´an passé, de l´expertise d´un consultant mandaté par l´association SOS Insertion & Alternatives. « Il s´agissait de structurer en interne et en export, pour mettre en oeuvre la commande passée par La Compagnie du Commerce Equitable, explique Elodie d´Andrea, responsable filière de l´association. Cela leur a permis de définir la rémunération des artisans, d´établir le sourcing des matières premières, de fixer un prix... En d´autres termes, de répondre à toutes les exigences de la filière équitable ». Cette expérience continue de leur servir dans les relations avec leurs autres clients et dans les nouveaux débouchés qui se présentent. Récemment, les quatre amis se sont vus proposer un appui par la Coopération suisse [2]. « Nous avons engagé le bureau Consult Conseil afin qu´il réalise un diagnostic et établisse un plan d´affaires », annonce Ambroise Tapsoba, responsable de la formation professionnelle de l´organisation helvétique.
Le plan est en cours de finalisation. « Le diagnostic est maintenant posé et il ne reste plus qu´à valider auprès de tous les acteurs la stratégie envisagée, explique Ouedraogo Boubakar, de Consult Conseil. Trois axes prioritaires sont à développer : renforcer la capacité organisationnelle ; développer la formation professionnelle de façon plus formelle afin de suivre l´évolution des jeunes ; et enfin renforcer les capacités entrepreuneuriales du centre ».
Quelle que soit l´issue auprès de la Coopération suisse, le plan pourra servir à approcher d´autres appuis, financiers comme techniques. Des démarches pour obtenir des subventions sont d´ores et déjà entamées, notamment auprès du ministère de la Culture du Burkina Faso, avec qui le centre est en contact depuis six mois.
* Traduction de Burkina Faso
[1] Créé par Christophe de Contenson
en 1994, Olorun était un projet d´insertion sociale à destination des jeunes et des « enfants des rues », leur proposant une formation aux métiers manuels fondée sur l´utilisation de matériaux de récupération. La production s´était orientée vers la création d´objets et de mobiliers originaux aboutissant à une école de design.
[2] Le but de la coopération internationale suisse pour le développement est de contribuer à l´amélioration du niveau de vie des populations, plus particulièrement des plus pauvres, en privilégiant une approche centrée sur le développement local.
A 27 ans, Inoussa Dao, est l´un des quatre administrateurs de l´association Centre Lukaré à Ouagadougou. Il a suivi les traces de son frère Hassane, qui lui a appris à travailler le bois et le fer à la fondation Olorun [1], pendant 7 années.
En novembre 2006, Inoussa remporte le prix "ethnik.org" lors du 10e Salon international de l´artisanat de Ouagadougou (SIAO), avec une chaise dont le socle est un vieux foyer servant à la cuisine [photo ci-dessus]. Le lot est une bourse d´études.
Il passe ainsi trois mois à perfectionner son art à Paris, en tant que stagiaire au sein de l´ENSCI (Ecole nationale supérieure de création industrielle). «J´ai appris à dessiner mon projet avant de le réaliser. Auparavant, je travaillais directement la matière, et la chaise que je voulais faire pouvait se terminer en table ! Cela entraînait beaucoup de gaspillage. C´est ce que je transmets aux autres aujourd´hui : chacun dessine son projet, puis on le voit ensemble et une maquette est réalisée.»
Centre Lukaré
Tél. (00226) 70 22 17 99
BP 1190 Ouagadougou 09
Burkina Faso
e-mail :
Cet article est paru dans Interdépendances n°70 - Juillet 2008.
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