Les mineurs accompagnés, entre incertitudes et intégration
Ces familles, décomposées ou unifiées, sont prioritaires pour l'hébergement en Centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA). Malgré l'incertitude de leur situation finale, les enfants s'adaptent très vite à leur nouveau monde et ont la possibilité d'aller à l'école. Le point sur cette population avec l'exemple du CADA de Hautefeuille, situé en Seine-et-Marne et géré par SOS Habitat et Soins (Groupe SOS).
Depuis 2001, la situation a changé. Les enfants de demandeurs d'asile sont maintenant systématiquement recensés. Mais la procédure reste la même. Ils obtiennent automatiquement la qualité de réfugié dès lors que leurs parents se voient reconnaître le statut. Ce « rattachement » aux parents est une exigence du Conseil d'Etat, depuis un arrêt de 1994, au titre du principe d'unité familiale.
Les avantages de la scolarisation obligatoire
La situation des mineurs accompagnant est bien différente de celle de leurs parents. Ces derniers, interdits de travail, sont contraints à l'inactivité le temps de l'examen de leur demande d'asile. Les enfants, au contraire, doivent être obligatoirement scolarisés, dès l'âge de 6 ans.
La scolarisation leur permet d'accroître leur horizon, et facilite leur intégration dans la société française. Le barrage de la langue, si difficile à franchir pour les adultes, tombe pour les enfants. Dans les CADA, les jeux se font en français. L'école favorise les échanges avec les jeunes français et devient un lieu de socialisation primordial.
Les facilités d'apprentissage de la langue française contrastent avec les difficultés qu'encourent les adultes. L'enfant devient alors l'interprète de ses parents, et sert de lien avec le monde extérieur.
Le CADA de Hautefeuille : la spécificité du milieu rural
Le CADA, géré par le Groupe SOS, accueille 80 résidants, dont plus de la moitié sont des enfants. La particularité de ce centre est qu'il se situe en zone rurale, à une quarantaine de kilomètres de Paris. L'avantage d'une telle situation est évident pour les familles, et surtout pour celles qui ont des enfants en bas âge. Certes, l'isolement du centre ne permet pas les contacts réguliers avec la population française, mais il favorise l'épanouissement personnel des enfants : leur espace de jeux – un parc boisé – est immense, les parents peuvent les laisser sortir sans s'inquiéter. De plus, ces mineurs, qui sont dans une période fragile et instable, sont protégés de toutes les formes de délinquance propres au milieu urbain.
Pour autant, l'installation du centre dans un cadre rural n'a pas été sans difficultés. Les communes environnantes ont vu d'un mauvais œil l'arrivée d'une telle population. La scolarisation des enfants dans les écoles reculées, à effectif réduit, a été mal perçue par les habitants. Mais, deux ans après l'ouverture du centre, les relations de voisinage se sont normalisées, et les enfants se sont parfaitement intégrés dans le système scolaire.
Par ailleurs, l'équipe du CADA a mis en place des activités destinées aux enfants : de l'organisation d'olympiades sportives à la création de spectacles, donnant lieu à des représentations publiques particulièrement réussies. Des partenariats ont été développés avec différentes entreprises pour l'installation d'une aire de jeux ou la décoration de la salle de loisirs, le tout dans le but d'accueillir les familles dans un cadre agréable.
L'inactivité des enfants en bas âge, due au manque de place dans les maternelles en zone rurale, pose problème. Des cours d'alphabétisation sont prévus pour leur permettre d'acquérir les bases linguistiques. Les parents n'étant pas toujours prompts à les surveiller, le CADA fait donc appel à des stagiaires et des bénévoles pour s'occuper de ces enfants, et prévoit aussi la création d'un poste spécifique. Enfin, un suivi médical régulier des enfants est également assuré grâce à un accord avec la PMI (Protection maternelle et infantile).
Toute l'ambiguïté de la situation des enfants de demandeurs d'asile réside dans l'incertitude liée à leur statut. Ces enfants s'intègrent parfaitement à la société française, à la différence de leurs parents. Certains naissent même sur le territoire. La longueur des procédures leur laisse le temps de se sentir « chez eux », en France. Et pourtant, pour beaucoup, ils ne sont qu'en transit dans cette nouvelle vie.
Cet article est issu du dossier Protection de l'enfance - Eduquer sans formater paru dans Interdépendances n°52 - 1er trimestre 2004 2004.
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